Restitution des ateliers organisés dans le cadre des Rencontres ConneXionS du 5 juin 2026 à la Micro-Folie du Pays de Mortagne.
Le 5 juin 2026, Pôle Patrimoine, réseau de coopération des acteurs du patrimoine culturel en Pays de la Loire, et le service Médiation du Pays de Mortagne-sur-Sèvre / Vendée Vitrail – Micro-Folie ont organisé, au Château de Landebaudière à La Gaubretière, une journée de Rencontres ConneXionS consacrée à la thématique : « Outils numériques et médiation : révéler le patrimoine absent, invisible ou inaccessible ». Cette journée, qui alternait ateliers de réflexion, démonstrations et table ronde, avait pour ambition d’interroger collectivement la manière dont le numérique peut contribuer à révéler et transmettre des œuvres, des sites ou des savoir-faire qui ne se donnent pas immédiatement à voir.
Les ateliers du matin, organisés en petits groupes autour de cas concrets, visaient à amorcer une première réflexion active des participant·es, afin de faire émerger des questions, des exemples et des points de vigilance issus des pratiques de terrain, ensuite approfondis l’après-midi par les témoignages et les échanges de la table ronde.
Crédit photo © Pôle Patrimoine, 2026.
Médiation et présence du médiateur
Un premier cas emblématique a porté sur l’abbaye d’Ambone en Normandie. Le site utilise des tablettes proposant un contenu à deux niveaux : un volet sensible et émotionnel, destiné à faire ressentir la vie de l’abbaye, et un volet plus didactique, finalement peu utilisé par le public. Les participant·es ont souligné que le numérique permettait ici de reconstituer un patrimoine non visible et d’en élargir l’accessibilité, mais ils ont aussi relevé les limites du dispositif : l’entreprise prestataire souhaitait privilégier un contenu scientifique, alors que le public semble davantage réceptif à une approche sensible. La question posée à la table ronde a donc été la suivante : faut-il choisir entre contenu émotionnel et contenu didactique, ou peut-on penser un véritable équilibre entre les deux ?
Authenticité, confiance et limites
Le deuxième atelier s’est appuyé sur le château de Cholet, aujourd’hui réduit à un jardin public avec quelques vestiges. Le groupe a rappelé qu’aucune fouille archéologique n’avait encore été menée et que les sources disponibles reposaient surtout sur des érudits locaux et des sociétés savantes, sans certitude scientifique forte. La difficulté était donc de savoir jusqu’où aller dans la reconstitution numérique tout en respectant l’authenticité du site. Le numérique a été perçu comme un outil puissant pour rendre palpable une hypothèse, montrer et faire comprendre, à condition de bien distinguer ce qui relève des faits avérés et ce qui relève de l’interprétation. Le groupe a également insisté sur la nécessité d’un contrôle humain des contenus, y compris lorsque l’IA ou d’autres outils numériques peuvent aider à explorer, synthétiser ou documenter. Les limites évoquées ont porté sur la frontière entre science et divertissement, sur l’investissement financier et technique que de tels dispositifs supposent, ainsi que sur la fracture numérique et le besoin de déconnexion. La table ronde a été invitée à discuter du curseur entre vérité, authenticité et hypothèse, et du rôle que peut jouer la fiction dans une médiation patrimoniale sans la faire basculer hors du champ scientifique.
Donner accès à l’inaccessible
Le troisième atelier a principalement travaillé à partir du site de Lascaux. L’exemple a rappelé que la grotte originale n’est plus accessible au public et que sa découverte passe désormais par une combinaison de reproductions physiques fidèles et de dispositifs numériques immersifs, destinés à préserver l’original tout en donnant accès à son contenu scientifique et sensible. Les participant·es ont souligné que ces outils permettent à la fois la préservation du patrimoine, une expérience immersive forte et une forme d’authenticité de l’émotion. Mais ils ont aussi rappelé les questions que pose cette médiation : quel est le statut de l’expérience proposée, comment éviter que la reproduction ne se substitue totalement à l’original, et comment tenir compte des enjeux de coût, de maintenance et de fracture numérique ? La question finale portait sur l’avenir de ces dispositifs, résumée avec humour par une interrogation sur « Lascaux 5 ».
Rendre visible l’invisible
Le dernier échange a porté sur le circuit des mégalithes. Le groupe a relevé la faiblesse de la lisibilité sur site et le fait qu’une partie des lieux est privée, donc difficilement accessible. Le numérique a été présenté comme un moyen de valoriser des recherches archéologiques de longue durée, de proposer des parcours immersifs via une application évolutive et de donner accès à des sites éloignés ou fermés. En revanche, il a été souligné que ces dispositifs imposent souvent un filtre écran et un usage du smartphone, tout en reposant sur des choix d’interprétation parfois discutables. La question soumise à la table ronde a porté sur l’usage de l’IA dans la médiation patrimoniale et sur ses conditions d’usage éthique et scientifique.
Au fil de ces ateliers, une même tension s’est dégagée : les outils numériques ouvrent des possibilités très concrètes de médiation, mais ils interrogent en retour la place du sensible, du scientifique, de l’humain et de la preuve. Ces premières discussions ont ainsi préparé utilement les témoignages de l’après-midi et la table ronde, en posant des questions très ancrées dans les pratiques professionnelles.
Pôle Patrimoine remercie chaleureusement le service Médiation - Micro-Folie du Pays de Mortagne pour son accueil et pour sa collaboration dans l'organisation de cette journée, ainsi que les participant·es et les intervenant·es, qui ont contribué à la richesse des échanges.
Ressource complémentaire
Cette captation s’inscrit dans une démarche de valorisation et de diffusion des contenus produits dans le cadre des Rencontres ConneXionS, afin de prolonger les échanges au-delà du temps de la rencontre et de les mettre à disposition de la communauté professionnelle.