Publié le 27/05/2024.

Par Tanguy Dupuy, mai 2021

 

Le riche passé ouvrier de Nantes et de ses alentours a doté la région d’une histoire technique et sociale forte. Malgré la diminution progressive du caractère ouvrier de la ville (fermeture des chantiers navals, fort déclin de la métallurgie), une quantité considérable d’archives a été sauvegardée. Ces archives de toutes sortes (documents écrits, plans techniques, photographies…) sont les témoins de cette histoire. Plusieurs associations nantaises œuvrent à la conservation et à la valorisation de ces documents. C’est le cas, par exemple, de la Maison des Hommes et des techniques et du Centre d’histoire du travail. Le Pôle Patrimoine vous propose cet article pour mieux connaître ces deux acteurs du patrimoine, les fonds patrimoniaux qu’ils conservent et la manière dont ils sont gérés et valorisés.

L’histoire de la Maison des Hommes et des techniques

Les origines de la Maison des Hommes et des techniques remontent à 1984 et à la création, par des travailleurs des chantiers navals nantais, de l’Association Histoire de la construction navale à Nantes (AHCNN). Alors que les licenciements se multiplient et que le dernier chantier naval nantais ferme ses portes en 1987, ces travailleurs se mobilisent pour préserver les traces de leur travail. Ils vont ainsi récupérer et, de fait, sauver de la destruction documents et outils. L’Association des anciens de la construction navale à Nantes devient alors propriétaire d’un fonds patrimonial très conséquent, progressivement enrichi grâce aux dons de particuliers. La préservation du site et de la mémoire ouvrière qui lui est associée est également une priorité pour les “gars de la Navale”.

La Maison des Hommes et des techniques est ensuite créée en 1994, par une collaboration entre l’AHCNN, des partenaires institutionnels et d’autres acteurs du monde du travail avec une volonté plus large de valoriser la mémoire du passé industriel et ouvrier de Nantes et de sa région ainsi que le patrimoine maritime et fluvial. La MHT se fixe ainsi les objectifs suivants :

  • Maintenir vivante la mémoire de la construction navale nantaise
  • Faire connaître l’histoire industrielle et sociale nantaise
  • Mettre en avant les cultures ouvrières
  • Conserver et valoriser les archives et objets hérités des chantiers navals
  • Valoriser le patrimoine maritime et portuaire de la région.

Les actions menées par l’association

Pour œuvrer à la réalisation de ces objectifs, la MHT se montre très active dans différents domaines comme la réalisation d’expositions, l’intervention auprès des scolaires, mais aussi l’édition d’ouvrages. Un centre de documentation est également accessible gratuitement pour tous ceux qui souhaitent y faire des recherches. L’association s’est en outre vu confiée la gestion du fonds iconographique de l’AHCNN – constitué de deux mille plans techniques (navires et sites des chantiers) et de dizaines de milliers de négatifs, diapositives et photographies – afin d’en assurer sa valorisation auprès du public.

Pour cela, la MHT a lancé il y a quelques années un programme de numérisation de ses archives, soutenu entre autres par la DRAC des Pays-de-la-Loire et la ville de Nantes et répondant à deux grands objectifs :

  • la conservation : certains documents, remontant parfois au XIXe siècle, montraient des signes de fragilité. La numérisation permet de sauver les informations qu’ils contiennent. À ce jour, plus de 2000 plans ont été numérisés, après une restauration indispensable pour certains d’entre eux. Le public peut donc consulter des documents fragiles sans risquer de les abîmer encore davantage.
  • la valorisation : la numérisation des fonds iconographiques de la MHT leur offre une meilleure visibilité. Une bibliothèque numérique a été mise en ligne. Cette iconothèque est actuellement constituée de plus de 8 800 images, intégralement consultables gratuitement et par tous. La MHT répond de plus régulièrement à différentes demandes d’utilisation de ses images, soit par des particuliers (passionnés de maquettes, étudiants…) , soit par des structures institutionnelles (DRAC, ville de Nantes, université, etc.) ou privées (agence de production ou journaux par exemple).
     

La composition des fonds iconographiques de la MHT

Pour réaliser cette campagne de numérisation, les équipes de la MHT ont dégagé cinq grandes thématiques au sein de leurs documents iconographiques, constituant des fonds spécifiques :

  • Le fonds « Chantier » regroupe les images des chantiers navals et de quelques autres entreprises.
  • Le fonds « Machine » correspond aux machines industrielles servant à la construction des navires et aux pièces mécaniques à bord de ces derniers.
  • Le fonds « Navire » comprend toutes les vues de navires, en construction ou terminés, cargos, navires à passagers, navires de servitude, navires militaires, chalutiers et même baleiniers.
  • Le fonds « Personnel » montre les ouvriers au travail.
  • Le fonds « Social » met en lumière différentes actions sociales et syndicales (manifestations, élections du CE, etc.).

L’équipe de la Maison des Hommes et des techniques poursuit son travail de numérisation et de nouvelles images viendront progressivement enrichir la bibliothèque numérique

Le Centre d’histoire du travail : conserver et valoriser les archives syndicales

Non loin de la Maison des Hommes et des techniques, une autre association tâche de conserver des fonds d’archive impressionnants issus du monde du travail : le Centre d’histoire du travail (CHT). Le CHT trouve ses origines à la fin des années 1970, lorsque le constat est fait que les archives syndicales nécessiteraient d’être conservées dans un lieu adapté. Des militants de syndicats (CGT, FO, CFDT, FEN, FDSEA), des universitaires et des élus des municipalités de gauche s’entendent pour créer un lieu où seraient rassemblées et valorisées les archives en lien avec la mémoire ouvrière et paysanne de Loire-Atlantique. Le CHT, qui ouvre ses portes en 1981, se compose d’une bibliothèque spécialisée en histoire sociale et d’un centre d’archives. Le centre a profité de la réticence des centres d’archives publiques à recueillir des fonds privés pour se créer et se développer. De ce fait, le CHT est la seule association intersyndicale en France à collecter, conserver et valoriser des archives ouvrières. L’association a su se professionnaliser au fil des années, avec le recrutement d’une archiviste de métier, Manuella Noyer, puis d’une chargée de médiation numérique, Pauline Pernet, pour améliorer la présence du CHT en ligne. Aujourd’hui, le centre fête ses 40 ans et s’impose comme un véritable acteur culturel, en organisant expositions et colloques.

 

Le Centre d’histoire du travail rassemble environ 250 fonds d’archives, très inégaux par leur taille. Ils sont surtout d’envergure départementale, mais certains ont une importance nationale. Au total, c’est près de 2,5 kilomètres linéaires d’archives qui sont conservés au CHT. 26 000 livres composent la bibliothèque, ainsi que 5 000 à 6 000 titres de périodiques. Enfin, l’iconothèque du CHT regroupe plus de 100 000 images. Si l’histoire sociale est le dénominateur commun, les thèmes des images restent variés (luttes, vie quotidienne, travail, industrie …).

Pour mettre en valeur ces fonds, le CHT mène de nombreuses actions :

  • Actions en direction de jeunes publics : intervention auprès des scolaires et mise en place d’ateliers pédagogiques.
  • Cours à l’université (Université permanente) pour sensibiliser à l’histoire sociale et faire connaître le CHT.
  • Mise en réseau du CHT avec le Collectif des centres de documentation en histoire ouvrière et sociale (CODHOS) qui rassemble les services d’archives, bibliothèques et centres de documentation en histoire ouvrière et sociale au niveau national. Des inventaires ont aussi été intégrés au portail national France Archives. Cela permet de donner une visibilité nationale et internationale aux fonds du CHT.
  • Mise en place d’expositions et de conférences à partir des fonds.
  • Édition d’une quarantaine d’ouvrages.

La numérisation des fonds iconographiques du CHT

Enfin, le CHT mène aussi un travail de numérisation des fonds iconographiques. Le but premier est de participer à la diffusion de ces images mais également à la préservation des documents, puisqu’une copie numérique existe dès lors. Le CHT a conduit plusieurs campagnes de numérisation en faisant appel à un prestataire extérieur, notamment grâce au soutien de la DRAC des Pays-de-la-Loire dans le cadre du Programme de numérisation et de valorisation des contenus culturels du ministère de la Culture. Cependant, la grande majorité des numérisations se fait en interne, principalement au gré des projets de l’association et des demandes extérieures. Manuella Noyer accueille régulièrement (hors-Covid) des équipes de bénévoles, anciens militants, qui l’aident à légender les photographies numérisées. Malgré cela, de nombreuses images restent munies de légendes imprécises. La proportion d’images numérisées par rapport à l’ensemble des collections est difficile à estimer, mais le CHT prévoit à l’avenir de poursuivre ses activités de numérisation.

Une volonté commune de conserver et valoriser la mémoire sociale et ouvrière

La présentation des archives iconographiques de la Maison des Hommes et des techniques et du Centre d’histoire du travail nous permet de comprendre que les problématiques entre les deux structures sont semblables. Ces deux associations traitent de thématiques communes, principalement autour de la reconnaissance de la mémoire sociale et ouvrière et leurs politiques de numérisation défendent les mêmes principes : la valorisation des collections et leur conservation. La création d’iconothèques en ligne démontre leur volonté de mettre en avant leurs images et de les rendre accessibles au plus grand nombre. Les démarches de valorisation des archives des deux associations se ressemblent, comme l’édition d’ouvrages ou le montage d’expositions et suscitent régulièrement des collaborations. Toutefois, certains éléments différencient les deux structures. Au Centre d’histoire du travail, l’origine des photographies est très diverse. Elles peuvent avoir des auteurs et propriétaires très différents, ce qui pose des questions juridiques complexes. De son côté, la MHT connaît davantage l’origine de ses images, puisqu’elles ont pour la plupart la même provenance, ce qui simplifie leur traitement.

Ouvriers au travail, usine Huard (matériel agricole), Châteaubriant, années 1980. Archives Centre d’histoire du travail, coll. UD CGT 44, Photo Hélène Cayeux. (CHT_SC_0444_UD CGTP boite 17 XI 7)

Vous pouvez découvrir les images de la MHT sur leur  bibliothèque numérique.  Depuis 2018 et grâce au soutien de la région Pays-de-la-Loire, le CHT possède également son iconothèque en ligne où vous pourrez retrouver un grand nombre d’images numérisées. Ces deux iconothèques se placent comme des témoins d’une partie de l’histoire nantaise.

 

Le Pôle Patrimoine remercie Dorian Cougot, salarié de la Maison des Hommes et des techniques en charge de la gestion des fonds, Manuella Noyer, Christophe Patillon et Pauline Pernet, salariés du CHT, qui ont accepté de répondre à nos questions.

Type de patrimoine
Immatériel
Immatériel » Mémoire orale et traditions
Immobilier
Immobilier » Technique et industriel
Mobilier
Mobilier » Scientifique et technique
Domaine d'activité
Recherche, inventaire
Préservation, conservation, restauration
Fédération – Syndicat professionnel