Le jeudi 13 novembre, le Département de Maine-et-Loire et l'association Pôle Patrimoine ont coorganisé une journée dédiée aux patrimoines de l'extraction. Cette rencontre a réuni une cinquantaine d'acteurs engagés dans la reconnaissance, à la préservation et à la valorisation de ces patrimoines. Elle a permis de croiser les regards, de partager des expériences de terrain et de nourrir une réflexion collective autour des enjeux actuels et futurs.
Dans le cadre de cette journée, un atelier collaboratif a réuni l’ensemble des participants autour de cinq thématiques clés :
- Transmission des savoir-faire et des mémoires
- Les acteurs et leurs rôles
- Freins et leviers pour agir ensemble
- Patrimoine d’extraction et développement durable
- Mise en réseau et projets collaboratifs
L’objectif : créer du lien entre acteurs d’horizons variés et produire une réflexion collective structurée permettant d’identifier des pistes d’actions concrètes.
Objectifs et déroulement de l’atelier
L’atelier poursuivait deux finalités principales :
- Favoriser la rencontre et le dialogue entre les participants ;
- Produire une réflexion collective organisée, capable d’alimenter des actions futures.
Le travail s’est déroulé en sous-groupes thématiques pendant 60 minutes.
Chaque table abordait une thématique ouverte (transmission, mise en réseau, acteurs, etc.). Le format alternait :
- Tour 1 (30 min) : échanges entre les membres de chaque table, partage d’idées et d’expériences ;
- Tour 2 (30 min) : rotation partielle, permettant à la fois la continuité (hôtes) et le croisement de points de vue (nouveaux arrivants).
Enfin, une restitution de 20 minutes a permis à chaque table de présenter ses idées majeures.
Synthèse des réflexions
L’atelier a permis de dégager des pistes concrètes de réflexion et d’action, révélant à la fois les préoccupations communes et le dynamisme des acteurs du patrimoine d’extraction en Maine-et-Loire.
Sur la transmission, les participants ont pointé l’urgence de collecter et préserver les savoir-faire et témoignages, de soutenir les lieux ressources existants et de diversifier les médiations pour toucher notamment les jeunes générations.
Concernant les acteurs et leurs rôles, la richesse du tissu local apparaît comme un atout, mais suppose de mieux clarifier les missions de chacun, de renforcer les articulations entre associations, chercheurs, entreprises et collectivités, et d’impliquer davantage les habitants.
Les réflexions sur les freins et leviers ont mis en avant des difficultés récurrentes (moyens, cloisonnements, réglementation), contrebalancées par la présence de réseaux actifs, de soutiens mobilisables et par le potentiel des inventaires et démarches participatives.
La thématique du développement durable a montré que ce patrimoine peut devenir un levier écologique — par le réemploi des matériaux, la valorisation des ressources naturelles (eau, géothermie) ou la biodiversité — tout en inspirant des projets innovants associant acteurs publics et privés.
Enfin, la mise en réseau est apparue comme un prérequis à toute dynamique collective, qu’il s’agisse d’outils numériques, de rencontres régulières ou de projets fédérateurs tels que circuits de découverte, expositions itinérantes ou collaborations scientifiques.
L’ensemble de ces apports dessine des perspectives concrètes : structurer un réseau durable, renforcer la connaissance et la transmission, encourager les coopérations et inscrire le patrimoine d’extraction dans les enjeux contemporains du territoire. Cette journée a ainsi posé les bases d’un mouvement collectif, prêt à se déployer dans la durée.
Synthèse détaillée des réflexions, par thématique
Transmission des savoir-faire et des mémoires
La discussion a mis en lumière un enjeu central de préservation des savoir-faire techniques et des récits des anciens. Les participants soulignent l’importance de collecter, inventorier et enregistrer les témoignages, photos, matériels et archives, tout en s’appuyant sur les ressources existantes — notamment les archives départementales, les centres documentaires ou les associations locales.
La question de la préservation matérielle revient fortement : où stocker, comment conserver, et avec quels moyens ? Les associations apparaissent comme des acteurs essentiels, mais nécessitent un soutien plus structuré. Certains évoquent la possibilité de redonner des usages contemporains à certains lieux (ex. data centers), tout en restant attentifs aux contraintes énergétiques et de sécurité.
La question méridienne est aussi celle de la mémoire collective : comment valoriser les témoignages individuels avant leur disparition ? Les participants insistent sur l’urgence de la collecte et sur le rôle moteur des collectivités et associations dans la création de centres de ressources partagés.
En matière de médiation, plusieurs formats se dégagent : récits oraux, expositions, outils numériques, créations artistiques ou dispositifs ludiques. Les approches décalées et ludiques sont considérées comme particulièrement efficaces auprès des jeunes publics (ex. Le Mystère des Faluns), tout comme les visites guidées ou la réouverture encadrée de carrières.
L’implication des jeunes générations est identifiée comme un levier majeur, portée par un engouement déjà perceptible pour les univers troglodytiques. L’enjeu consiste à faire avec, en intégrant les écoles dans des démarches d’appropriation du « dessous », souvent méconnu mais essentiel à la compréhension du territoire.
Enfin, différents lieux relais sont cités : musées, associations, hébergements troglodytiques, archives ou encore la “troglothèque”. La communication — notamment via les outils numériques — apparaît comme un enjeu transversal.
Les acteurs et leurs rôles
Les échanges ont mis en évidence la diversité et la transversalité des acteurs impliqués : associations, entreprises, chercheurs, laboratoires, universités, collectivités, musées, habitants, acteurs du tourisme, etc. Cette pluralité est vue comme une richesse, mais soulève des besoins de clarification des missions et complémentarités.
Parmi les propositions : organiser des journées de rencontre dédiées, dresser une cartographie des statuts et domaines d’intervention, et mieux articuler la recherche académique, les besoins du terrain et les contraintes des entreprises.
Les participants identifient de nombreuses pistes de coopération : réseaux associatifs (ex. Pôle Patrimoine), fédérations, intersites, collectivités, archives départementales pour la mémoire collective. La participation des habitants est jugée essentielle, via la presse, les écoles, les JEP/JEA, les inventaires participatifs ou la création d’événements locaux.
Pour faciliter la coordination, différents outils sont évoqués : chartes, conventions, plateforme web, publications, et surtout temps de rencontre réguliers, à l’image de cette journée. Parmi les enjeux de fond, la nécessité de passer d’un mode de fonctionnement « vertical » à un modèle plus horizontal, ainsi que la recherche de mécènes et partenaires privés.
Freins et leviers pour agir ensemble
Les freins identifiés relèvent principalement :
- des moyens financiers et humains insuffisants,
- d’une méconnaissance mutuelle entre acteurs,
- de cloisonnements sectoriels,
- de difficultés d’accès à certains sites,
- de contraintes réglementaires.
Cependant, plusieurs leviers existent déjà : journée d’interconnaissance, réseau des musées, subventions, mécénat, bénévolat. Les portes ouvertes et autres événements publics constituent aussi des opportunités pour fédérer.
Les participants proposent de tester des solutions collectives : rencontres régulières, évaluations partagées, inventaires participatifs, mise en commun de terrains d’étude ou d’expérimentations concrètes. La confiance est perçue comme un point nodal, pouvant être renforcée par des outils simples (annuaires 2.0, meilleure communication).
Enfin, la réflexion sur les soutiens mobilisables cite un large éventail de partenaires : Europe, État, collectivités, réseaux patrimoniaux, fondations, citoyens, universités ou encore le Parc Naturel Régional Loire-Anjou-Touraine.
Patrimoine d’extraction et développement durable
Cette thématique interroge le potentiel du patrimoine d’extraction dans la transition écologique. Plusieurs pistes émergent :
- rôle des carrières à ciel ouvert comme réservoirs de biodiversité,
- développement d’un tourisme écologique,
- géothermie comme ressource énergétique,
- valorisation de l’eau pompée dans les ardoisières, aujourd’hui souvent perdue.
Le réemploi des matériaux apparaît central : falun et tuffeau sont identifiés comme des matériaux particulièrement adaptés à l’habitat bioclimatique. Certains évoquent aussi des usages innovants (ex. data centers).
L’articulation entre mémoire des usages passés et besoins actuels nécessite de documenter davantage les témoignages et pratiques anciennes. Plusieurs projets innovants sont évoqués : partenariats public-privé avec les entreprises d’extraction, réutilisation des infrastructures souterraines, ou encore dispositifs d’interprétation pour la sensibilisation du public.
Mise en réseau et projets collaboratifs
La discussion fait ressortir une volonté de structuration du réseau. Parmi les outils envisagés :
- appui sur les circuits existants,
- rencontres périodiques organisées sur des sites différents,
- maquettes numériques et parcours en réalité virtuelle.
Pour assurer un partage durable, les acteurs envisagent de mobiliser les collectivités, Anjou-Tourisme, ainsi que les partenaires privés ou mécènes.
Plusieurs projets fédérateurs sont ainsi proposés :
- création d’un circuit des richesses minéralogiques du Maine-et-Loire,
- expositions temporaires ou itinérantes,
- organisation d’une journée départementale du patrimoine d’extraction in situ,
- production d’un ouvrage de synthèse,
- projets scientifiques collaboratifs,
- coopérations avec d’autres territoires (ex. Renazé).
Les participants rappellent enfin l’importance d’intégrer les enjeux environnementaux, ainsi que les liens avec le monde du bâtiment et de la restauration du patrimoine.
Retrouvez ci-dessous les autres temps forts de la journée :