Publié le 21/01/2026.

Le jeudi 13 novembre, le Département de Maine-et-Loire et l'association Pôle Patrimoine ont coorganisé une journée dédiée aux patrimoines de l'extraction. Cette rencontre a réuni une cinquantaine d'acteurs engagés dans la reconnaissance, à la préservation et à la valorisation de ces patrimoines. Elle a permis de croiser les regards, de partager des expériences de terrain et de nourrir une réflexion collective autour des enjeux actuels et futurs. 

La journée d’interconnaissance s’est conclue par une table ronde consacrée aux enjeux de protection et de valorisation des patrimoines de l’extraction — objets, sites, paysages, savoir-faire — réunissant chercheurs, spécialistes du patrimoine, gestionnaires publics et représentants de musées.

Table ronde animée par  Jean-Louis Kerouanton, enseignant-chercheur Centre François Viète d'épistémologie et d'histoire des sciences et des techniques, à Nantes Université.

Avec la participation de :

Un patrimoine ancien, discret et difficile à lire

Jean-Louis Kerouanton introduit les échanges en rappelant la particularité du patrimoine d’extraction : il s’inscrit dans des temporalités longues, parfois de plusieurs millions d’années, tout en façonnant des paysages présents. Souvent souterrain, fragmentaire ou perçu comme « peu esthétique », il nécessite un effort de médiation pour révéler ce qu’on ne voit plus et expliquer comment ces traces deviennent du paysage.

Les apports de la géologie : comprendre et transmettre

Fabrice Redois, enseignant-chercheur en géologie à l’Université d’Angers, souligne que la géologie navigue entre sciences fondamentales et sciences appliquées. En Maine-et-Loire, la diversité des sols offre un terrain d’étude exceptionnel, mais demande une forte vulgarisation pour être comprise du grand public.

Il rappelle le rôle structurant des instances de connaissance et de protection : CRPG, CRPN et DREAL, qui alimentent l’Inventaire national du patrimoine géologique. Leur objectif : identifier les sites d’intérêt, évaluer leur valeur scientifique et susciter la curiosité du public pour les sciences de la Terre.

Conserver l’invisible : le rôle du Muséum d’Angers

Benoît Mellier, responsable scientifique des collections du Muséum des Sciences Naturelles d’Angers, rappelle que les patrimoines miniers sont souvent difficiles à conserver : objets disparus, outils éparpillés, fossiles découverts par hasard.

Ainsi, le Muséum joue un rôle essentiel de conservation ex situ : roches, outils donnés par d’anciens carriers, fossiles remarqués par les exploitants… Ces collections ont permis de documenter une biodiversité ancienne exceptionnelle, incluant des spécimens-types.

Si la conservation des pièces minérales ne pose pas de difficulté majeure, d’autres ensembles nécessiteraient de nouveaux espaces et parcours d’exposition pour valoriser les quelque 830 000 objets conservés.

Transmettre les gestes : la situation fragile du Musée de l’Ardoise

Alain Roger, président du Musée de l’Ardoise de Trélazé, évoque un musée créé il y a 46 ans pour sauvegarder des savoir-faire en voie de disparition dès les années 1960. Démonstrations, outillage, récits d’ouvriers… tout concourt à préserver ces gestes, aujourd’hui transmis par les derniers bénévoles capables de débiter manuellement l’ardoise.

La pérennité du musée est cependant menacée : si les collections seraient protégées en cas de fermeture, les savoir-faire, eux, disparaîtraient. Il exprime le souhait de transformer le musée en centre d’interprétation du patrimoine ardoisier afin de garantir une transmission durable.

L’action publique entre protection, risques et cohabitations

David Couzin, responsable de la Division Sites et Paysages à la DREAL des Pays de la Loire, rappelle que les paysages sont façonnés par les matériaux géologiques : pierre, tuffeau, ardoise. La DREAL intervient sur des champs variés — biodiversité, sécurité, gestion des paysages — et accompagne notamment la protection des sites classés, très nombreux en Maine-et-Loire.

Il met en lumière la complexité de protéger un site : arbitrages entre sécurité, exploitation industrielle, valeur patrimoniale, biodiversité et contraintes réglementaires. L’exemple de la Pouèze illustre ces tensions : le chevalement, bien qu’inscrit aux Monuments Historiques dès 1999, s’est effondré en 2011. Il a été reconstruit à l’identique mais la question de sa préservation demeure délicate, notamment en raison du matériau - le bois de chêne - et des contraintes d’entretien qui en découlent. 

Enfin, la protection fige parfois des pratiques passées ; elle suppose surtout d’anticiper l’entretien et la gestion, conditions essentielles d’une patrimonialisation réussie.

Échanges : collaborations, propriétés et usages

Les discussions soulignent la nécessité de renforcer les liens entre collectivités, propriétaires et acteurs de la recherche. Sur certains secteurs, comme les sites troglodytiques, les questions de propriété complexifient la protection et la valorisation.

Des exemples positifs émergent : ainsi la découverte d’un plésiosaure en 2014 sur un site privé, rendue possible grâce à la collaboration entre propriétaires, associations naturalistes (comme la LPO) et Muséum. Mais ces situations restent fragiles et parfois contrariées par des reventes privées.

Le cas de Trélazé illustre aussi les difficultés de sécurisation et d’entretien de grands sites industriels en friche. Plusieurs chevalements sont aujourd’hui menacés malgré les actions de bénévoles et les initiatives de la collectivité. La cohabitation entre espaces naturels sensibles, usages urbains et patrimoine industriel complique encore les interventions.

Vers un “Pompéi de l’ardoise” ?

Philippe Cayla, président de l'association L'Ardoise, propose de penser Trélazé comme un « Pompéi de l’ardoise » : non pas une reconstitution, mais un parcours muséographique au cœur de vestiges à ciel ouvert, assumant leur état de ruine et s’inscrivant dans un vaste paysage patrimonial. Il cite le haut fourneau U4 d’Uckange comme source d’inspiration pour imaginer un lieu accessible, sécurisé et narratif.

En conclusion, Thierry Pelloquet, chef de service Conservation départementale du patrimoine, insiste sur l’urgence de relancer les démarches de protection, notamment pour les patrimoines miniers du XXe siècle, encore peu reconnus mais d’une importance majeure pour l’histoire industrielle du territoire.

Retrouvez ci-dessous les autres temps forts de la journée :