Publié le 21/01/2026.

Le jeudi 13 novembre, le Département de Maine-et-Loire et l'association Pôle Patrimoine ont coorganisé une journée dédiée aux patrimoines de l'extraction. Cette rencontre a réuni une cinquantaine d'acteurs engagés dans la reconnaissance, à la préservation et à la valorisation de ces patrimoines. Elle a permis de croiser les regards, de partager des expériences de terrain et de nourrir une réflexion collective autour des enjeux actuels et futurs. 

Cette journée d’échanges a été enrichie par trois témoignages mettant en lumière des projets de valorisation du patrimoine d’extraction sur le territoire. Chacun illustre, à sa manière, la mobilisation d’acteurs locaux pour préserver, interpréter et rendre accessible des sites miniers ou carrier qui constituent des marqueurs majeurs de l’histoire et du paysage du Maine-et-Loire.

Marc Beluet – Valorisation des Mines de fer de l’Anjou

Président de l’association Mines de fer de l’Anjou

La présentation débute par la projection de la vidéo Regards d’Anjou – Mines de fer de l’Anjou, illustrant l’importance historique du site du Carreau de Bois II/III, considéré aujourd’hui comme l’ensemble minier de fer le plus complet de l’Ouest. Les archives photographiques projetées rappellent l’ampleur de cette activité : plus de 730 ouvriers y travaillaient à son apogée, dans des galeries atteignant 400 mètres de profondeur. L’exploitation décline dans les années 1980, l’importation de fer devenant moins coûteuse ; les mines ferment en 1985, entraînant la réorientation de nombreux ouvriers vers d’autres secteurs extractifs.

L’association Mines de fer de l’Anjou, créée il y a une douzaine d’années, trouve son origine dans un événement culturel : une pièce de théâtre jouée en 2014 sur le carreau des mines. L’expérience suscite une prise de conscience : le site, alors friche industrielle, peut devenir un support de médiation et de sensibilisation. Les échanges avec les communes de Segré et Nyoiseau aboutissent à la création d’une structure dédiée à la sauvegarde et la mise en valeur du lieu.

Parmi ses réalisations majeures figure l’exposition de plein air « Sur les pas des mineurs de fer », installée il y a six ans. Accessible librement, elle combine panneaux d’interprétation et scènes reconstituées, conçus à partir de matériaux trouvés sur place. La sécurisation du site a nécessité un diagnostic structurel du chevalement ainsi qu’un important soutien financier, notamment européen et local.

Le site accueille désormais environ 10 000 visiteurs par an, en visites libres ou guidées (gratuites lors des Journées du Patrimoine). Il attire aussi bien des scolaires que d’anciens mineurs. Ses ressources proviennent de la mise à disposition du site pour des événements variés : rencontres de collectionneurs, spectacles, danses, concerts, tournages de films et clips. Cette diversification permet de financer la sauvegarde continue du site, tout en maintenant une ouverture et une appropriation citoyenne.

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Christine Strullu-Derrien – Valorisation du patrimoine minier charbonnier et des carrières

Paléobotaniste, consultante scientifique pour PlantEvol

Christine Strullu-Derrien rappelle d’emblée que le Maine-et-Loire constitue un territoire exceptionnel pour la paléontologie, la géologie et la flore fossile, situé à la jonction du Bassin parisien et du Massif armoricain. À travers la vidéo Racines de l’Anjou, elle illustre la richesse des sites carbonifères, dont certains sont extrêmement rares en Europe : seuls la France, l’Écosse et la Pologne conservent des traces de forêts houillères comparables. C’est ici qu’a été identifié le plus vieux bois du monde, âgé de plus de 400 millions d’années.

La Tranchée des Malécots, carrière de cinérite appelée localement « Pierre Carrée », est emblématique de ces patrimoines scientifiques. Devenue un véritable musée à ciel ouvert, elle reste pourtant fermée au public pour des raisons de sécurité et de préservation. Une reconstitution numérique du site a été réalisée grâce à la photogrammétrie. L’intervenante souligne également des difficultés récurrentes : certains sites extractifs étant en propriété privée, l’accès pour la recherche est parfois refusé.

Plusieurs actions ont été mises en place pour partager ces patrimoines scientifiques :

  • organisation d’un colloque international sur des sites comparables à celui des Malécots ;
  • interventions scolaires autour de reconstitutions paysagères et d’activités de sensibilisation ;
  • mise en valeur d’autres sites majeurs, comme la carrière Hucheloup à Écouflant, vieille de 96 millions d’années, classée parmi les joyaux paléontologiques du département.

Une exposition itinérante, actuellement visible à Cap Loire, circule gratuitement dans les écoles et médiathèques, pour une durée minimale de trois semaines. Conçue en partenariat avec le Département, elle vise explicitement la sensibilisation des jeunes, les fossiles exerçant une forte attractivité pédagogique.

Le témoignage s’ouvre ensuite vers un projet limitrophe, en Loire-Atlantique : la création d’un Centre culturel de rencontres à Mouzeil – Teillé – Mésanger (Pays d’Ancenis), futur Centre régional des Pierres Levées. Ce lieu transdisciplinaire et intergénérationnel accueillera musée, expositions, résidences d’artistes, conférences et station d’observation astronomique. Plusieurs étapes sont déjà engagées :

  • actions avec les écoles locales ;
  • conférences au château de Cop Choux ;
  • reconstruction du site de la Tardivière, étude de la flore fossile et prospections sur les terrils.

À chaque étape, une communication régulière (expositions, articles, rencontres publiques) assure un lien constant avec la population et favorise son implication dans la valorisation de ce patrimoine scientifique et industriel.

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Morganne Postec et Laurent Aubineau – Valorisation des Perrières et du Mystère des Faluns

Site touristique de Doué-en-Anjou

Morganne Postec et Laurent Aubineau retracent d’abord l’histoire géologique du site : il y a 11 millions d’années, Doué-la-Fontaine se trouvait en bordure d’une mer subtropicale dont les dunes sous-marines ont formé le falun, roche coquillière riche en fossiles. Du XVIIIᵉ au XIXᵉ siècle, les agriculteurs exploitent ces carrières pour fournir des blocs de construction, créant un réseau dense de caves cathédrales (4 hectares et demi aux Perrières) et de galeries. À la fin du XVIIIᵉ siècle, plus de la moitié de la population vivait dans ces carrières transformées en habitations troglodytiques. Pendant les périodes de conflits elles furent utilisées en prisons ou cachettes. Occupées par les champignonnistes des années 1950 aux années 1980. elles furent abandonnées et transformées en dépotoirs.

Dans les années 1980, la commune de Doué-la-Fontaine se rend propriétaire d’une partie des caves et réhabilite plusieurs troglos : en salle des fêtes, puis gîte et enfin en 1989 un centre d’hébergement troglodytique, labellisé « centre du patrimoine » d’abord destiné aux Classes du Patrimoine avant de s’ouvrir à d’autres publics. À partir de la fin des années 1990, le site accueille spectacles, concerts et visites touristiques.

Le projet du Mystère des Faluns prend véritablement forme dans les années 2010, face à un potentiel touristique grandissant. Après une longue période de réflexion et de recherche de financement, la municipalité va bénéficier d’une action lancée par le gouvernement : la mise en place de Pôles d’Excellences ruraux. Il s’agit d’une reconnaissance et soutien aux projets qualifiants un territoire rural doté d’une forte identité liée à un patrimoine commun fédérateur d’actions en partenariat structure privée et structure publique.

Le sud Saumurois défendra le troglodytisme ce qui permettra de mobiliser une enveloppe conséquente qui profitera à la création du Mystère des Faluns, à la création de l’hôtel troglo Rocaminori et à l’agrandissement du Bioparc.

Concernant la mise en valeur du site des Perrières, après consultation, les scénographes « Lucie Lom » obtiendront le marché en proposant un parcours poétique et artistique, tout en vulgarisant l’histoire géologique du lieu. Les étapes du projet comprennent :

  1. La mise en accessibilité généralisée (700 000 € sur un budget total de 1,7 M€) ;
  2. La création d’un nouvel accueil, l’ancien se limitant à une petite maison en falun.

Les premières réflexions datent de 2001, les travaux débutent en 2011 et le site ouvre en 2014 avec 25 000 visiteurs. Aujourd’hui, la fréquentation atteint 70 000 visiteurs, dépassant largement les prévisions initiales.

Une équipe permanente assure l’animation et la surveillance du site, élément essentiel pour suivre l’évolution structurelle des carrières et garantir la sécurité des visiteurs.

Les enjeux actuels portent sur la taille insuffisante de l’accueil, pensé initialement pour 32 000 visiteurs, et sur la nécessité de réinventer les espaces disponibles. Un plan de développement touristique a été lancé en 2024, et le site poursuit sa dynamique en s’appuyant sur un réseau de partenaires scientifiques (Universités d’Angers et de Nantes) et institutionnels.

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Conclusion

Ces trois témoignages illustrent la richesse, la diversité et la complémentarité des approches de valorisation du patrimoine d’extraction en Maine-et-Loire :

  • sauvegarde et ouverture des sites miniers,
  • vulgarisation des sciences du passé,
  • création d’expériences immersives en milieu troglodytique,
  • implication des habitants et des jeunes publics,
  • mobilisation de réseaux scientifiques, culturels et associatifs.

Ensemble, ces projets démontrent la capacité du territoire à transformer un héritage industriel et géologique en ressources culturelles, éducatives et touristiques majeures, tout en s’appuyant sur une dynamique collective étroitement ancrée dans le terrain.

Retrouvez ci-dessous les autres temps forts de la journée :